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Agence d'Urbanisme de la Région Nantaise

L’Agence d’urbanisme de la région nantaise (AURAN) produit des analyses, décrypte les tendances et actualise des données pour les collectivités. C’est un outil partenarial d’aide à la décision pour les élus et une ressource pour la compréhension et la mémoire des territoires.

Le contrôle des entreprises de la zone d’emploi de Nantes par des groupes économiques étrangers face à la résurgence de la souveraineté économique

La mondialisation de l’économie a une nouvelle fois  montré ses limites dans cette période de perturbations. La crise sanitaire actuelle entraine une lente et difficile réouverture des frontières internationales. La crise économique qui en découle amène aujourd’hui les groupes internationaux à revoir leurs stratégies et à prendre des décisions qui impactent leurs entreprises implantées partout à travers le monde. Les craintes de pénurie et les difficultés à se fournir dans un marché mondialisé, mais temporairement sclérosé, font ressurgir les ambitions de souveraineté économique et technologique des États. La relocalisation des activités productives sur le territoire national revient alors sur le devant de la scène.

L’analyse du contrôle des établissements locaux par des groupes étrangers (actionnaires à plus de 50 %) nous donne des indications sur les stratégies des entreprises et les lieux où se prennent une partie des décisions qui présentent pourtant des effets localement.

Les raisons du contrôle des entreprises par des groupes économiques étrangers sont divers. Il y a d’abord des logiques d’organisation de la production industrielle, qui reflètent les spécificités territoriales, comme celle de l’aéronautique à Nantes. Il y a aussi des logiques de groupe, de couverture du territoire et de proximité avec des marchés géographiques, comme c’est le cas des grands groupes de services par exemple dans l’informatique. Les opérations de fusion-acquisition construisent l’histoire et la vie des entreprises, au gré des opportunités, comme ce fut le cas de la biscuiterie LU aujourd’hui détenue par le groupe Mondelez International. Enfin, les logiques fiscales jouent un rôle important dans le contrôle des établissements locaux par des groupes étrangers.

1 845 établissements de la zone d’emploi de Nantes sont détenus à plus de 50 % par des groupes étrangers. Ce sont donc un peu plus de 1 % des établissements du territoire dont les stratégies dépendent majoritairement de centres de décisions basés à l’étranger. À titre de comparaison, la zone d’emploi de Rennes compte 553 filiales et établissements contrôlés par des sociétés mères étrangères. Paris, Lille, Lyon et Strasbourg sont les villes dont la part d’établissements contrôlés par des groupes étrangers est la plus importante et est comprise entre 20 et 30 %.

30 000 emplois dans des établissements qui sont sous contrôle de groupes étrangers, soit un peu plus de 8 % des effectifs salariés privés de la zone d’emploi de Nantes. À titre de comparaison, les entreprises étrangères contrôlent 15 000 salariés dans la zone d’emploi de Rennes, soit 6 % de l’emploi privé.

5 000 emplois dans les établissements sous contrôle de groupes étrangers sont concentrés dans les secteurs de l’aéronautique et du numérique.

25 % des emplois locaux sous contrôle de groupes économiques étrangers sont concentrés dans 15 établissements, sur les 1 845 établissements concernés de la zone d’emploi de Nantes. Le premier site concerné est celui d’Airbus Opérations à Bouguenais, suivi du fabricant de pièces mécaniques pour l’industrie Defontaine à La Bruffière en Vendée, puis par les entreprises de service Proservia, CGI et Accenture à Nantes. Les grands sites dépendants de centres de décisions basés à l’étranger doivent défendre la pertinence de leurs implantations. La situation de ces grands employeurs nantais peut s’avérer très différente en fonction des secteurs mais aussi de la santé des groupes auxquels ils appartiennent. Airbus a annoncé un plan de réduction de ses effectifs qui concerne 500 emplois à Bouguenais. A l’inverse, le fabricant nantais de chaudières et autres matériels de chauffage, Saunier-Duval, a annoncé quant à lui vouloir augmenter ses effectifs de plus de 150 personnes pendant l’été.

723 établissements sous contrôle de sociétés basées dans les pays considérées comme les grandes puissances et partenaires économiques de la France : les États-Unis d’Amérique, l’Allemagne et la Grande-Bretagne. Ce sont aussi les pays d’origine des actionnaires qui représentent les plus grands volumes d’emploi sur la zone d’emploi de Nantes. Ainsi, près de 13 500 emplois des établissements nantais sont sous contrôle de groupes localisés dans ces 3 pays.

Les États-Unis représentent près de 6 000 emplois sur la zone d’emploi de Nantes dans différents secteurs d’activités. L’hégémonie américaine dans le numérique se vérifie avec la présence de sociétés comme IBM, Proservia ou encore l’entreprise MyScript née à Nantes. L’industrie est aussi bien représentée avec les entreprises Gascogne Sack à Saint-Herblain, Mondelez à la Haie Fouassière ou Crown Emballage dans le bas Chantenay.

L’Allemagne est le second pays représenté en nombre d’emplois avec plus de 5 000 emplois dans les établissements nantais. La zone d’emploi de Nantes compte plusieurs sociétés industrielles appartenant aujourd’hui à des groupes allemands comme Saunier-Duval à Nantes ou Defontaine à La Bruffière (Vendée). D’autres grandes sociétés allemandes sont actives sur le territoire nantais comme Schenker, Vorwerk ou encore Lidl. Deux logiques sont représentées ici : une logique d’organisation de la production et une logique de couverture de marché.

L’actionnariat britannique est plus éclaté tant en nombre d’établissements contrôlés que de secteurs d’activités concernés, allant du groupe de bricolage Castorama aux groupes de nettoyage Saure et PLG ou DS Smith dans l’emballage.

Autre pays fortement représenté, les Pays Bas, dont les groupes contrôlent des établissements qui rassemblent au total près de 2 900 emplois dont plus de 2 000 sont concentrés au sein d’Airbus Opérations sur le site de Bouguenais. Les autres établissements sous contrôle de groupes néerlandais sont soit des sociétés initialement créées dans ce pays (Basic Fit, Randstad), soit des sociétés de commerce et notamment dans le mobilier (Casa, Conforama, Hema, Ikea).

40 % des établissements nantais qui sont sous contrôle de groupes étrangers, soit 756 établissements, dépendent d’actionnaires basés au Luxembourg, en Belgique, en Suisse, en Irlande, aux Pays-Bas et dans les Îles Britanniques et les îles anglo-normandes. L’optimisation fiscale marque fortement l’actionnariat étranger dans la zone d’emploi de Nantes. Le Luxembourg est le pays qui contrôle le plus d’établissements nantais (312) devant les Etats-Unis d’Amérique (259) et l’Allemagne (241). Les participations indirectes concernent principalement le Luxembourg avec des têtes de groupes qui détiennent directement une faible part du capital tout en contrôlant l’intégralité indirectement, par le biais d’autres filiales. On retrouve les établissements du groupe industriel américain, Johnson Controls, dont les activités européennes sont basées en Irlande. Les établissements du leader nantais des biotechnologies, Eurofins, sont détenus par des sociétés basées au Luxembourg et en Belgique, tout comme les SCI détenues par le fondateur du groupe. On retrouve aussi les établissements du groupe vendéen Bénéteau, des sociétés de gestion de parcs éoliens de l’ouest ou encore le FC Nantes détenu par le groupe de son Président basé en Belgique. La proportion de ces pays dans l’actionnariat des établissements nantais a un faible impact sur les prises de décisions et donc in fine sur l’emploi. Il s’agit de stratégies d’optimisation fiscale plutôt que de stratégies industrielles d’organisation de la production.

La dimension internationale de l’économie locale ne se résume pas à l’analyse du contrôle des entreprises par des groupes étrangers. Les sociétés locales contrôlent elles aussi des filiales à l’étranger dans différents objectifs : proximité du marché, organisation de la production et logiques de compétences. Enfin, l’impact de la crise sanitaire et économique se fera sentir sur les échanges commerciaux internationaux et donc dans les volumes d’exports/ imports. L’Auran approfondira notamment cette analyse en lien avec les autres agences d’urbanisme de l’espace Métropolitain Loire-Bretagne au second semestre 2020.

Sources :
Diane - Bureau van Dijk‎ ; traitements Auran 2020
Audiar – L’internationalisation de l’économie rennaise, juin 2018
1 845 établissements de la zone d’emploi de Nantes sont détenus à plus de 50 % de groupes étrangers

  • 1 845

    établissements de la zone d’emploi de Nantes sont détenus à plus de 50 % par des groupes étrangers

  • 30 000

    emplois dans des établissements qui sont sous contrôle de groupes étrangers

  • 5 000

     emplois dans les établissements sous contrôle de groupes étrangers sont concentrés dans les secteurs de l’aéronautique et du numérique

  • 25 %

    des emplois locaux sous contrôle de groupes économiques étrangers sont concentrés dans 15 établissements

  • 723

    établissements sous contrôle de sociétés basées dans les pays considérées comme les grandes puissances

  • 40 %

    des établissements nantais qui sont sous contrôle de groupes étrangers, dépendent d’actionnaires basés au Luxembourg, en Belgique, en Suisse, en Irlande, aux Pays-Bas et dans les Îles Britanniques et les îles anglo-normandes

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